Une pédagogie sur mesure pour les enfants précoces

CPaulay-300x300Cédric Paulay, porteur d’un projet d’établissement pour enfants précoces intitulé le « Collège Latin » à Paris, présente ici les besoins spécifiques de ces élèves et la proposition éducative qu’il conçoit pour y répondre au mieux.

Quelles difficultés soulève la formation des enfants précoces ?

Une première difficulté vient de leur tempérament passionné. De captivés qu’ils sont par un sujet, ils en deviennent facilement captifs et négligent alors tout le reste. Pour éviter les situations de blocage, les professeurs doivent moins chercher à contrarier les passions de leurs élèves qu’à les apprivoiser, quitte à en jouer parfois. Ils seront ainsi plus à même de les tempérer.

Deuxième difficulté : les relations des enfants précoces avec d’autres enfants ont vite fait de s’envenimer. Certes, une majorité d’entre eux s’intègrent sans difficulté mais nombreux sont ceux qui se laissent aller au repli sur soi, à la méfiance voire au cynisme. Au Collège latin, nous comptons sur une présence engagée des professeurs et de petits effectifs pour favoriser le développement d’un climat propice à leur épanouissement.

Enfin, beaucoup d’enfants précoces, habitués pendant les premières années de leur scolarité à réussir avec facilité, se trouvent désarmés au moment de l’adolescence, quand croît la difficulté des exercices et que l’étude suppose un peu d’effort. Arrivés en cinquième, un tiers d’entre eux entament un parcours chaotique qui les conduit d’échec en échec et ruine les espoirs que l’on pouvait fonder sur leurs capacités. Ils s’enferment alors dans l’amertume et le deuil d’une enfance où leur vie intellectuelle n’était qu’exaltation (lire à ce propos les textes si pertinents de la psychologue Arielle Adda : Le livre de l’enfant doué et L’enfant doué : L’intelligence réconciliée).

Que proposez‐vous contre cet écueil ?

Développer chez les enfants précoces le sens de l’effort et de la persévérance est une priorité. Il convient aussi de les inciter à l’humilité dans le travail intellectuel, c’est‐à dire, au fond, à une plus grande connaissance et à une meilleure maîtrise de soi. Plus les enfants auront tôt pris l’habitude de cette tutelle d’eux‐mêmes, plus grandes seront leurs chances de réussir. C’est pourquoi nous accueillons les enfants dès l’âge de huit ans. Il s’agit, en quelque sorte, de tirer les leçons de La Fontaine.

Que voulez‐vous dire ?

Les enfants précoces sont comme le lièvre de la fable. Quelle aisance au début de la course ! Mais après quelque temps, courir demande un peu d’effort. Grande est alors la tentation de se laisser aller. L’un des enjeux principaux dans la formation des enfants précoces est de préparer leur volonté à affronter les difficultés ainsi qu’à supporter la routine. La vie intellectuelle n’est pas un sprint mais une course de fond.

Comment comptez‐vous faire pour que cet objectif ne soit pas un vœu pieux ?

Quand nous disons que les enfants précoces ne sont pas enclins à l’effort, ce n’est pas tout à fait vrai.  Nous avons vu que lorsqu’un sujet les passionne, ils sont capables d’acharnement. Ils aiment aussi les défis qui leur permettent d’aller au‐delà de leurs propres limites. Quant à leur curiosité, elle est naturellement très vive. Appuyons‐nous déjà sur ces quelques aspects de leur personnalité : répondons sérieusement à leurs interrogations, offrons‐leur des cours d’une grande tenue, multiplions les sorties culturelles et les occasions de découverte… L’enthousiasme les aiguillonnera bien mieux que la contrainte. Le drame est que bien des enseignants cherchent à modérer leur appétit intellectuel : satisfaits de résultats excellents mais obtenus sans effort, ils les habituent à la facilité, les encouragent à la paresse et les rendent vulnérables à la difficulté.

Et puis c’est les respecter, c’est respecter ce qu’ils sont que de les instruire avec ambition. Si l’on ne leur donne pas une solide nourriture intellectuelle, ils s’ennuient et, pour ainsi dire, végètent. Nul ne s’insurge contre le rythme d’entrainement que l’on fait suivre aux jeunes prodiges de la musique ou du sport. Alors pourquoi négliger le talent intellectuel ?

Quelle place accordez‐vous au sport ?

Une place de choix. Chaque fin d’après‐midi est consacrée aux activités sportives. Il y a là, pour des enfants enclins à tout intérioriser, une pratique essentielle qui équilibre leur personnalité.

Le sport est une excellente école pour apprendre à se connaître, à se maîtriser et à se dépasser. Et puis ses valeurs propres (le fair‐play, l’esprit de compétition, le goût de la performance…) ne sont pas sans analogie avec celles qui président à la vie sociale et à la vie intellectuelle.

Vous insistez beaucoup sur la connaissance de soi. En quoi cette connaissance de soi est‐elle importante pour les enfants précoces ?

L’agilité intellectuelle des enfants précoces repose en partie sur l’aisance avec laquelle ils pratiquent l’évocation mentale, telle que l’a définie Antoine de La Garanderie. Aisance ne veut pas dire maîtrise, et, comme tout don, si cette aisance n’est pas cultivée, elle devient vite improductive. Elle peut même devenir handicapante.

Il importe de faire prendre conscience aux enfants précoces des processus mentaux qui fondent leur intelligence, de leur en donner une certaine compréhension ; de leur en donner même, par des exercices appropriés, une certaine maîtrise qui leur permettra de les optimiser.

Les enfants surdoués ont‐ils un rapport particulier à la religion ?

Les enfants surdoués ont un esprit ouvert à la contemplation. Ils ont plus que d’autres l’intuition des vérités surnaturelles et de leur cohérence avec le monde visible. Ils concilient souvent avec bonheur  ce qui relève de l’intelligence rationnelle, spéculative, et ce qui relève de l’intelligence spirituelle, contemplative.

Pour tout renseignement : http://www.collegelatin.fr/

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